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PIERRE-HENRI NGOUMOU, JUSTE UN HOMME DE CHEVAL

Mis à jour : 26 mars 2019

Play-boy et jet-setter les joueurs de polo ? C’est souvent tout le contraire comme le montre l’un des meilleurs joueurs européens, le nouveau handicap 6 français, Pierre-Henri Ngoumou.

Par Pascal Renauldon

Photo Thierry Poussard


Courtone-la-Meurdrac : à peine un hameau en plein Pays d’Auge normand. Une image insolite pour cet endroit : trois petiseros argentins en béret tournent des lots de chevaux de polo sur une piste en sable. D’autres chevaux se détendent dans un marcheur pendant que deux autres grooms s’affairent dans les écuries. « 180 chevaux », nous annonce le propriétaire. De père d’origine camerounaise (un homme d’affaires) et de mère d’origine gabonaise (pédiatre endocrinologue), si Pierre Henri Ngoumou ne peut renier ses origines africaines, c’est bien chez un véritable homme de cheval normand que nous sommes.


Connu sur tous les terrains comme un des deux meilleurs joueurs de polo français et un des dix meilleurs européens avec son nouveau 6 de handicap, le cavalier est également éleveur, formateur de jeunes chevaux et marchand. D’où les 180 chevaux : « Une vingtaine pour mon piquet personnel qui me permettent de mener deux tournois de front, une quarantaine de poulinières pour l’élevage, une quarantaine de chevaux pour la location et le reste en formation et pour le commerce. Bien sûr, si en principe mes propres chevaux ne sont pas à vendre, il y a des prix que l’on ne refuse pas. C’est aussi une fierté de voir des chevaux que j’ai achetés ou élevés puis formés, vendus à de grands joueurs et les voir par exemple à Palm Beach, en Angleterre ou encore à Dubaï ». Les meilleures années, l’écurie Grassfield* vend plus de 100 chevaux dont déjà plus de quarante à Dubaï, son nouveau débouché.


Un éléveur normand

Pierre-Henri a été pris par la passion du cheval dès son plus jeune âge où il pratiquait l’équitation classique, se jurant déjà qu’il en ferait son métier. Et puis un jour, avec son père, il découvre le polo à Deauville où Julian Hipwood, l’un des meilleurs joueurs anglais de l’histoire, lui offre son premier maillet… et lui transmet le virus de ce sport qu’il s’empresse ensuite d’aller apprendre avec son père au Polo de Paris. C’est dans ce milieu qu’il décide de devenir professionnel : « De toute façon, mon métier devait se faire parmi les chevaux, quelle que fut la discipline. Vétérinaire était également un projet » …


En tout cas, la panoplie des métiers équestres exercés par Pierre-Henri est complète. A commencer par le début de la chaine, l’élevage : « Je forme beaucoup de chevaux de polo à partir de pur-sang que j’achète – j’adore acheter, c’est passionnant même si je me trompe de temps en temps -, et que j’élève de façon intensive car je me suis rendu compte que pour une clientèle d’amateurs, le pur-sang peut se montrer quelquefois non-adapté et trop fragile ».


Mais entre les produits de l’élevage et l’achat de pur-sang, jusqu’à 80 par an, il y a parfois des vides générationnels à combler et, comme tous les éleveurs, Pierre-Henri part en Argentine d’où il a ramené vingt chevaux l’an dernier. Ce sang argentin, réputé pour son calme, sa rusticité, sa solidité, pour son énergie malgré tout et pour son aptitude pour le polo, issue de plus d’un siècle de sélection, il en a besoin pour son élevage : « J’achète des saillies de grands étalons argentins comme Rolinga, la star de Polito Pieres que j’ai croisé avec mes meilleures juments en transferts d’embryons. Je travaille avec le haras de la Pomme, bien connu pour cette compétence dans le monde du jumping et qui m’a beaucoup appris dans ce domaine. Je possède également deux étalons dont l’un joue ».


La question du clonage est désormais devenue incontournable dans le monde du polo, un sujet sur lequel Pierre-Henri se montre mitigé : « Je trouve que… (longue hésitation), malgré ce que l’on peut en penser, c’est une réussite. Voir Cambiaso jouer dans le même match La Cuartetera originale et ses clones laisse rêveur. Ceci dit, le clonage doit rester quelque chose de réservé aux chevaux stars. J’avoue que pour le moment, je ne me pose pas trop la question, c’est un budget que, de toute façon, je n’ai pas ».


Passeport pour le monde

Pierre Henri Ngoumou, le joueur, a bien sûr sillonné le monde. Churchill ne clamait-il pas que « un handicap de polo est un passeport pour le monde » ? Ainsi, a-t-il joué en Angleterre, en Espagne, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Italie, en Suisse, quatre ans aux Etats-Unis, à Dubaï, en Inde (« qui va être mon nouveau programme de saison hivernale pour quelques années, en tout cas, je l’espère »), au Ghana, au Nigeria, et bien sûr en Argentine. Et pourtant, la victoire qu’il retient est française : « Sans hésiter, la Coupe d’Argent de Deauville en 2011 avec André Fabre, le handicap 8 argentin Pancho Bensadon et Stanislas Clavel. Un match improbable : nous perdions 8-1 à la mi-temps et nous avons remporté cette finale 14-8 ! J’avais personnellement marqué 10 goals, un souvenir incroyable. Magique ».


Son origine et son look africains, Pierre-Henri les portent avec une vraie fierté, même si parfois il intrigue car rares sont les joueurs de couleur de ce niveau sur le circuit : « Le monde du polo est définitivement un monde plus ouvert que d’autres » …


Mais même si ce monde, il l’a parcouru, Pierre Henri Ngoumou est un vrai « paysan » normand : « Mon activité est tout juste à l’équilibre, je ne roule pas sur l’or, mais je suis heureux parmi mes chevaux. J’ai fini de payer le crédit de ma propriété, je viens d’être monté à 6 de handicap, j’ai eu un fils il y a quelques mois, je ne peux imaginer de plus grand bonheur… » Plus de rêves ? « Si plein… par exemple, j’aimerais rencontrer Kevin Staut, échanger et monter avec lui »… Le pilier de l’équipe de France de saut d’obstacles habitant à quelques kilomètres de l’un des deux piliers de l’équipe de France de polo, cette rencontre devrait être du domaine du possible !


* Grassfield, une région du Cameroun, était devenu le nom de l’équipe de polo créée par Jean-Paul Ngoumou, puis celui de la société de son fils.


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