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L'étonnante dynastie des Heguy

En 1956, la saga des Heguy naissait avec la première participation au mythique Open d’Argentine du jeune Horacio Antonio Heguy avec un modeste handicap de 4. 2017 voyait la dernière apparition de ce nom à Palermo avec son petit-fils Ignacio alias Nachi. Au cours de ces six décennies se sont écrites les plus importantes pages de l’histoire de ce sport à travers cette famille.

Textes & Photos : Pasccal Renauldon

Source : Jours de Cheval


Les fils d'Alberto Pedro, qui ont remporté quatre Opens d'Argentine : Ruso Heguy, Milo Fernandez, Nachi Heguy et Pepe Heguy (de gauche à droite).


L’histoire des Heguy remonte au XIXe siècle, dans le petit village du Pays basque français de Saint-Pée-sur-Nivelle. Le pacifiste Don Bautista, arrière-grand-père de la dernière génération de joueurs à avoir sévi à Palermo, né en 1851, avait fui la France pour l’Espagne afin d’échapper au recrutement des armées françaises engagées dans les campagnes de colonisation de l’Algérie et de l’Indochine. En 1873, Don Bautista et sa femme quittèrent définitivement l’Europe et le Pays basque espagnol pour s’établir dans un campo (exploitation agricole) de la pampa. Dans cette ferme, leur fils Antonio découvrit le polo importé par les Anglais. Il fut le premier Heguy à remporter le mythique Open d’Argentine en 1958 avec son fils aîné, Horacio.


Cette année-là, les « Irlandais » Hariott avaient engagé ces « Basques français » Heguy dans leur équipe de Coronel Suarez pour conserver un premier titre gagné en 1957. « La rudesse et les qualités cavalières des Irlandais associées à l’habilité des Basques dans les jeux de balle ne pouvaient pas constituer meilleure alliance pour le polo. » nous avait confié, l’œil pétillant, Alberto Pedro Heguy, dix-sept fois vainqueur de l’Open d’Argentine.


Cette alliance durera jusqu’en 1981, année où les deux noms apparaissent ensemble au palmarès des vainqueurs de l’Abierto pour la dernière fois et durant laquelle seuls quatre titres leur auront échappé. Avec Juan Carlos Harriott (l’un des trois plus grands joueurs de tous les temps, admiré par la reine d’Angleterre et Grace Kelly), son cadet Alfredo et les frères Alberto Pedro et Horacio Heguy, Coronel Suarez fut la première équipe officielle à afficher quarante goals – la consécration suprême – entre 1975 et 1979. C’est évidemment cette équipe mythique qui a eu la charge, pendant cette période, de battre les États-Unis dans la Coupe des Amériques, seule nation capable de faire front à l’Argentine jusqu’aux années 1930, mais qui, ensuite, ne fit plus qu’illusion. Aujourd’hui, les huit équipes qualifiées pour l’Open d’Argentine sont toutes capables d’infliger une défaite, non seulement aux Américains, mais aussi à n’importe quelle formation du reste du monde !


L’histoire d’Alberto Pedro et d’Horacio Heguy se prolongera jusqu’à ce siècle via leur descendance : entre 1986 et 2004, sept de leurs huit fils remportaient dix titres avec leurs deux équipes des Indios Chapaleufu (Indios étant le club où ils s’entrainaient à Buenos Aires et Chapaleufu leur club à el de Intendente Alvear, dans l’état de la Pampa, à 500 kilomètre au Sud-ouest de la capitale fédérale).


Certainement le plus doué des sept cousins Héguy de la dernière génération à avoir jouer l'Open d'Argentine, tous handicap 10 à un moment de leur carrière, Bautista Héguy proposait un jeu à la hauteur de celui d'Adolfo Cambiaso.


Il s’agit de la plus incroyable dynastie du polo argentin : sur les quarante-neuf joueurs de l’histoire du polo adoubés « handicap 10 » depuis 1913, neuf furent des Heguy : Alberto Pedro et Horacio (1970-1980), puis Eduardo (surnommé el Ruso, « le Russe », parce que petit garçon, c’était un charmant blondinet), Alberto Pedro Junior (Pepe) et Ignacio (Nachi) – trois des quatre fils d’Alberto Pedro – ainsi que Marcos, Horacito, Gonzalo et Bautista, dans les années 1990, les quatre fils d’Horacio.


Depuis 1958, année de cette première victoire, jusqu’à 2004, où les cousins de la troisième génération s’affrontèrent dans une émouvante et rude finale, les équipes contenant au moins un Heguy ont inscrit leur nom trente-deux fois au palmarès de ce tant convoité Open d’Argentine.


Pourtant, à cette époque, sévissait la grande équipe de La Espadaña, successeur de Coronel Suarez en 1984. Elle fut la seconde équipe de l’histoire à afficher quarante goals avec l’Américain d’origine mexicaine Carlos Gracida, Alfonso et Gonzalo Pieres et Ernesto Trotz. Mais en 1986, elle cède le titre de façon inattendue aux trois aînés d’Horacio Heguy : Marcos et les jumeaux Horacito et Gonzalo. La Espadaña reprenait son bien entre 1987 et 1990, mais le cédera définitivement en 1991 à l’équipe des Indios Chapaleufu I, composée cette fois-ci des quatre frères.


Une famille frappée par le destin

Les fils d’Horacio, les Indios Chapaleufu I, gagneront finalement six fois l’Open d’Argentine, dont trois fois avec un total de quarante goals de handicap (en 1986,1992, 1993 et 1995). Ce fut la troisième équipe de l’histoire à avoir atteint ce maximum mais la seule constituée d’une fratrie.


En dépit de ce succès, la famille Heguy a été cruellement frappée par le destin à de nombreuses reprises. Dans les années 1970, Alberto Pedro et Horacio ont perdu leur frère Eduardo et leur sœur Myriam dans un accident de la circulation. En 1995, Horacito perdait un œil lors d’un match en Angleterre. Ce qui ne l’empêcha pas de continuer de jouer l’Abierto et de le remporter avec un handicap de 8 goals. En 2000, Gonzalo mourrait également sur la route, et Horacio, le père, succombait à un cancer. La sixième et dernière victoire des Indios Chapaleufu I (avec Mariano Aguerre) dans l’Open 2001 fut ainsi particulièrement bouleversante pour cette équipe et fratrie que toute l’Argentine connaissait et adorait : l’émotion fut énorme parmi les vingt mille spectateurs qui ont assisté au match ce jour-là dans les tribunes de l’immense « cathédrale » de Palermo en communiant avec cette famille au destin si tragique.


Les fils d’Alberto Pedro, les Indios Chapaleufu II, ont de leur côté décroché ce titre à quatre reprises, mais n’ont jamais pu jouer à quatre : Tomas, traumatisé par une chute à l’adolescence, n’a jamais accroché et n’a pas dépassé 4 de handicap. Alberto « Pepe », Ignacio « Nachi », le cadet, et Eduardo « el Ruso », l’aîné, se sont donc toujours adjoint les services d’un mercenaire : Alejandro Díaz Alberdi et Milo Fernández Araujo ont été les complices de leurs quatre titres.


Ce sont eux qui, au début de ce siècle, ont donc remporté leur dernier titre à Palermo face… à leurs cousins, avec qui ils n’entretiennent pas le plus grand amour. Ce jour-là, Marcos était absent et les cinq Heguy qui étaient sur le terrain étaient au comble de l’excitation : ils savaient que ce serait la dernière victoire pour l’une ou l’autre des fratries vieillissantes alors que montait en puissance l’équipe de La Dolfina d’Adolfo Cambiaso. « C’était maintenant ou plus jamais », rappelait récemment Horacio Heguy dans une interview à La Nación. Le match historique devint dur, violent jusqu’à cet accident où Nachi et son cheval envoyèrent Horacito au tapis et à l’hôpital. Les relations sont tendues depuis : les deux fratries s’ignorent, se fréquentent en voisin, mais sans grande chaleur. Chacun des sept cousins poursuivant l’aventure dans son coin, en élevant, dressant et pour Ruso, Pepe et Nachi en regardant leurs enfants grandir, leurs fils surtout, en caressant l’espoir de les voir à leur tour fouler le mythique terrain de Palermo avec les chevaux de leurs pères, pour que cette histoire de 62 ans reprenne son cours.



Car la légende n’est qu’en suspend : sous l’œil de leur grand-père de 77 ans, Alberto Pedro, qui en plus d’être handicap 10, est vétérinaire et a été député de la province de la Pampa, toujours à cheval. Ce ne sont pas moins de treize petits-enfants, de jeunes ados encore, qui reprennent le flambeau, ou plutôt le maillet : Iñigo et Cristo, fils de Nachi Heguy ; Antonio, Silvestre, Jacinto, Ambar et Amalia, les quatre fils et la fille de Pepe, ainsi que Cruz, Pedro et Luján, les trois garçons de Eduardo. De l’autre côté, il n’y a qu’un seul garçon, Coco, le petit dernier de Marcos, mais il ne faut pas oublier les cousins germains Bensadon, les enfants de Pancho (fils de Miriam Heguy, demi-finaliste de l’Abierto et plusieurs fois vainqueur à Deauville), dont l’ainé de ses quatre enfants, Rufino, 18 ans, fait déjà des merveilles sur tous les terrains du monde et Blas, son petit frère. Mais c’est bien à Palermo que ces douze héritiers mâles sont attendus car c’est ici, et nulle part ailleurs, que s’écrit la grande histoire du polo.

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