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Tout savoir sur le polo

Entretien avec Jean-Edouard Mazery, président du Deauville International Polo Club.

Mis à jour : nov. 17

« Encourager les valeurs sportives et l’esprit d’équipe tout en s’ouvrant vers un plus grand public ».

Le monde du polo n’a pas échappé à la règle. La crise sanitaire l’a fortement touché lui aussi, ces derniers mois. La saison sportive 2020 est à présent terminée, les maillets sont rangés, les chevaux sont au pré. C’est l’occasion de revenir sur cette période peu ordinaire. A Deauville l’année a été particulière à plus d’un titre.

Propos recueillis par Axelle De Borger

Photos Deauville Polo Club

« Jusqu’au début du mois de juin nous ne savions pas si nous allions pouvoir jouer cette saison. Nous nous sommes mis au travail et puis le miracle a eu lieu, nous avons pu jouer » indique Jean-Edouard Mazery, président du Deauville International Polo Club. Saison particulière en raison de la crise sanitaire mais également pour une autre raison. La Coupe d’Or fêtait cette année, en présence des meilleurs joueurs du monde, son 70ème anniversaire.

La Coupe d’Or a vu le jour en 1950. Le tournoi a été créé sur la proposition de François André, fondateur du Groupe Barrière. Le polo à Deauville, lui, existait déjà depuis 1880 et le club a été créé en 1907.

Jean-Edouard Mazery est à la tête du Deauville Polo Club depuis 7 ans. En 2013, Jean-Edouard était venu à Deauville, en sa qualité de secrétaire général de la Fédération Française de Polo, apporter son soutien à l’équipe en place. Il s’agissait d’une année charnière pour une équipe qui passait la main.

La mairie de Deauville, partenaire historique du club depuis plus de 100 ans, et le Groupe Barrière, qui avec la mairie constituent les plus deux importants partenaires du Polo à Deauville, ont demandé à Jean-Edouard Mazery de prendre la présidence du club.

Le nouveau président a rapidement mis en place une nouvelle approche du polo à Deauville.

« En 2015, nous avons décidé de nous rapprocher du public. C’était à nous de le faire, aller vers les gens et non pas l’inverse. C’est ça mon crédo »

« Depuis cette date, j’ai instauré des défilés avec à leur tête des enfants sur des poneys shetland ainsi que l’équipe féminine » explique Jean-Edouard Mazery.

Aujourd’hui le polo à Deauville est présent à l’hippodrome pour les tournois et en ville pour les défilés. Le club a l’autorisation de défiler deux fois par mois. Les joueurs à cheval font un grand circuit à travers les rues en bénéficiant de l’affluence du marché.

Le Deauville Polo Club est également présent sur la plage, le matin et le soir. Et organise des matchs commentés sur le sable. Le public et notamment les enfants sont ravis, on les fait participer, on leur demande de remettre la balle en jeu (throw-in), ils peuvent s’approcher et caresser les chevaux.

« Ce que nous voulons, c’est montrer aux spectateurs qu’il s’agit d’un sport ouvert à tous, hommes et femmes, qu’il est à la portée de tout le monde y compris des enfants. Un sport sympathique, familial et dynamique. Ce sont ces valeurs que nous voulons mettre en avant. » Une image que Jean-Edouard Mazery s’applique à construire depuis qu’il est à la tête du Deauville Polo Club : encourager les valeurs sportives et l’esprit d’équipe tout en s’ouvrant vers un plus grand public.

Cette approche a porté ses fruits. On ressent un véritable engouement pour le polo lorsque les cavaliers traversent la ville. Le public est de plus en plus nombreux sur leur passage, tout comme à l’hippodrome.

Les matchs sont ouverts au public gratuitement en semaine. C’est le résultat de l’implication de la ville, de son support financier et de son partenariat auprès du Deauville Polo Club, pour qu’il soit possible financièrement d’ouvrir les matchs gratuitement au public.


« Nous avons rendu le polo à tous les Deauvillais, qu’ils soient résidents ou vacanciers. » se réjouit Jean-Edouard Mazery.

Si le Deauville Polo Club a su faire perdurer et développer un partenariat étroit avec la ville, ce n’est pas uniquement avec la mairie. C’est aussi avec de nombreux commerçants locaux. « C’est une communion de Deauville et de tout ce qui fait la ville autour de la promotion d’un sport à l’attention d’un public qui est présent toute la semaine. Le polo se joue après les courses, à la sortie de la plage. Ce public va voir les matchs avant de rentrer pour l’heure de l’apéro » souligne Jean-Edouard Mazery.

Les sportifs engagés dans les tournois sont eux aussi très impliqués, même les jours où ils ne jouent pas. Le polo est une grande famille. Et à Deauville, elle se côtoie pendant un mois entier. Le polo réunit en saison 250 personnes, les joueurs, leurs familles, les petisseros et autres grooms.

« Établir une convivialité entre les joueurs, organiser des dîners et des rencontres dédiées. Les joueurs se côtoient tous les jours à l’occasion des matchs. S’ils se retrouvent également le soir, dans des diners organisés sur des bases conviviales, l’ambiance s’en ressent le lendemain sur les terrains et dans les tribunes. Elle est meilleure pour tout le monde, y compris pour les spectateurs. » Jean-Edouard Mazery y tient beaucoup.

Pendant ce mois de polo intense, les journées suivent leur rythme selon un circuit habituel. Le matin, sur la plage pour entrainer les chevaux. A 17h, sur le terrain pour les matchs. Vers 19h, retour sur la plage pour détendre les chevaux. En soirée, diners avec les joueurs et la communauté polo. La soirée se termine souvent au Brock Café, qui est un peu le second bureau du polo. On vit ensemble, on est en vacances en famille …

« Le polo de vacances est complémentaire par rapport aux autres rencontres organisées tout au long de l’année ».

« Les tournois des grands clubs, Paris, Chantilly, Saint-Tropez, Deauville, La Baule, proposent du polo de haut niveau avec les meilleurs sportifs. Mais il est tout aussi important d’apporter des offres différentes » explique Jean-Edouard Mazery.

Habituellement une saison à Deauville se prépare dès le mois d’août précédent. La saison à peine terminée, on fait un debrief. On voit ce qui a bien fonctionné, les points d’organisation à retravailler. Dès septembre, on se penche sur l’état et la qualité du terrain. On regarde comment il s’est comporté pendant les tournois. En septembre/octobre on replante, puis passe l’hiver. En fonction de la pluviométrie on reprend le travail mécanique sur le terrain vers mars ou avril.

En parallèle on met en place l’organisation sociale et événementielle de la saison. On procède aux recrutements. En saison, c’est une équipe de 25 personnes qui travaille à l’organisation des tournois et des événements.

La saison au Deauville Polo Club, ce sont quatre tournois : La Coupe d’Or et la Coupe d’Argent, la Ladies Cup et la Coupe de Bronze ainsi que des démonstrations de polo à poney à l’occasion de la finale de la Coupe d’Or. Tous les polos et tous les niveaux sont présents au même moment.

A l’issue de la saison, c’est au sourire des joueurs et au niveau de jeu meilleur chaque année que se mesure la satisfaction du président du Deauville Polo Club. Et à l’engouement du public, lui aussi plus fort chaque année. « Vouloir développer et améliorer davantage le niveau de jeu, avoir un terrain de meilleure qualité encore, attirer un public toujours plus large qui communie avec les équipes, voir ce tournoi perdurer dans le temps, tout ça me rend heureux et me donne envie de continuer » admet Jean-Edouard Mazery.

« Deauville, Chantilly, Paris, Saint-Tropez, La Baule, ces cinq grands tournois sont une locomotive pour le polo français. Comme toutes les disciplines de haut niveau, le polo a besoin de ces cinq grands étendards pour rayonner, en France et à l’étranger. Mais le polo a aussi besoin des 35 autres clubs de polo en France. Le polo est très actif partout en France, notamment à Lyon et Genève, dans le sud-Est comme dans le Sud-Ouest, à La Baule, au Touquet, en Région Parisienne … » souligne Jean-Edouard Mazery.

Au sein du polo français, Deauville occupe néanmoins une place à part. Jouer à Deauville est un des meilleurs « passeports » pour le monde. Les plus grands joueurs sont tous venus jouer la Coupe. « Les meilleurs joueurs actuels rêvent tous de la gagner. On doit capitaliser là-dessus ».

« Que ce soit à Deauville ou ailleurs, le polo se nourrit des mêmes fondamentaux. A commencer par son lien avec la nature ».

Le polo évolue au rythme de la nature et on ne force pas la nature. On a besoin de son soutien. Au polo, l’humain, l’animal, le végétal sont indissociables. Jean-Edouard Mazery tient à le rappeler. Si le polo fait partie de l’ADN de la ville de Deauville, il occupe également une place importante dans la région normande. C’est une terre de chevaux et de culture équestre. Il y a en Normandie une communion forte entre l’animal, l’homme et la nature.

« Le cheval qu’on respecte, la nature qu’on respecte, c’est tout un état d’esprit. Si on regarde les Argentins, ce sont d’abord des agriculteurs et des éleveurs, des hommes proches de la terre et de l’animal. Qui tapent la balle pour se détendre avec les chevaux avec lesquels ils ont travaillé en journée. Les Argentins, lorsqu’ils sont ici, nous le rappellent. C’est un mode de vie » explique Jean-Edouard Mazery.

Le polo c’est la nature mais c’est aussi une combinaison de talents et de valeurs. Valeurs de partage au sein d’une même équipe, partage entre le cavalier et sa monture. C’est le dépassement de soi, l’effort, le fair-play, très important le fair-play. C’est également la convivialité. Et puis il y a la notion subjective de voyage. Tout cela en fait un sport remarquable, qu’il faut préserver.

« Les clubs de polo ont fortement souffert cette saison de la crise sanitaire, comme tous les centres équestres. La situation est compliquée, il y a un écosystème à soutenir. La priorité sera de recommencer à jouer et de maintenir l’activité pour tous les professionnels de la filière ».

« L’avenir du polo passe par une vision globale qui tient compte des valeurs et des potentiels de ce sport ».

Pour Jean-Edouard Mazery, cette vision s’articule autour de quatre axes importants, les chevaux, les jeunes, les régions, et la diversité des formes de polos.

  • C’est développer une filière d’élevage de chevaux de polo en France, pourquoi pas à Deauville ou à Chantilly, à proximité des lieux de courses hippiques, en donnant une seconde chance aux chevaux réformés des courses. Un cheval jugé trop petit pour les courses peut devenir un bon cheval de polo.

  • C’est attirer de nouveaux talents, à partir d’autres disciplines, et aider les jeunes joueurs à émerger. C’est remettre l’accent de manière intelligente sur une collaboration avec le monde équestre.

  • C’est avoir une vision globale mais aussi nationale du polo. Les régions regroupent de nombreux joueurs, elles ont toutes leur mot à dire. Tous les niveaux de polo doivent être représentés.

  • C’est le soutien à tous les polos. Il est important d’avoir un sport professionnel mais il est tout aussi nécessaire d’avoir d’autres formes de polos. Le challenge de demain ce sont les nouveaux circuits, les nouveaux tournois avec une collaboration entre tous les niveaux. Le paddock polo peut devenir la meilleure porte d’entrée vers le « grand » polo.

« Cet essor passe par une meilleure communication, l’envoi de professionnels dans les centres équestres car la FFP doit aller vers les autres pour montrer notre sport au plus grand nombre, la nécessité d’attirer les joueurs et les nouveaux clubs et de les inciter à inscrire de tournois de polo dans leur programme. » poursuit Jean-Edouard Mazery.

Le polo a eu beaucoup de chance d’avoir été autorisé à jouer cet été. « Une chance pour l’Open de France qui a été magique. Le polo était à l’arrêt dans le reste du monde. L’Open de France, comme la Coupe d’Or, a été filmé. Il a été vu partout dans le monde du polo. Les joueurs étaient d’un niveau exceptionnel. C’est une chance qui a bénéficié à toute la filière du polo français » souligne Jean-Edouard Mazery.

« On a pu jouer au polo notamment à La Baule en juillet, à Deauville et à Saint-Tropez en août, à Chantilly en septembre. Toute la communauté polo était là et s’est retrouvée, nomade, à chaque endroit. Pas seulement pour suivre les tournois mais aussi pour réfléchir ensemble à la construction de l’avenir. Cà a été une période de doute, on a resserré nos liens, on s’est tous mis à parler ensemble ».


Que ce soit pour le Deauville Polo Club, à la tête duquel Jean-Edouard Mazery poursuit activement sa mission, ou que ce soit pour le polo en général que Jean-Edouard - joueur et ancien secrétaire général de la fédération - connait parfaitement, sa position reste la même :


« favoriser l’expression d’une volonté collégiale et aller de l’avant en s’appuyant sur tous les acteurs, afin d’offrir au polo une base solide pour l’avenir ».

En cette période incertaine cela devient encore plus important, tout comme il est nécessaire de ne pas perdre de vue l’héritage intergénérationnel des valeurs d’équipe, d’union et d’exaltation sportive que sont les valeurs du polo.



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