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Tout savoir sur le polo

1880-1930, chroniques de l'âge d'or (IV)

La cavalerie française se met au polo. Au lendemain de la Première Guerre Mondiale, une circulaire ministérielle ordonne aux chefs de corps de mettre tous les officiers de cavalerie au « jeu de la balle à cheval ».

Texte de Jean-Luc Chartier

Extrait de "Polo de France"

et "Cent ans de polo en France"

Polo de Bagatelle en 1890 par M. Luque (extrait)

Pionnier du polo militaire, le 2ème - ex10ème - Hussards de Tarbes est la première unité à relever le défi, commandée par le capitaine Malcor. Malgré une cavalerie assez mal adaptée, une équipe de Hussards parvient à remporter la version 1921 de la coupe Challenge Haig.


Pourtant, c'est vers Saumur que les têtes se tournent. Ce grand conservatoire des traditions hippiques se doit de former une équipe performante afin de devenir au plus vite le centre d'instruction et de démonstration de ce nouveau sport réglementaire.


Une formation s'entraîne assidûment sous les ordres de l'Ecuyer-en-chef, le commandant Wattel. Elle compte notamment dans ses rangs les capitaines de Martignac et d’Aymery, les lieutenants Arlabosse et Waddington, l'adjudant-chef Macaire et le maréchal des logis Tomazi.

Les militaires ont beau être des cavaliers émérites, ils ne maîtrisent pas immédiatement toutes les finesses de cette discipline.

Handicap majeur : les chevaux. Ceux dont ils disposent sont presque tous de grande taille. Ils manquent de surcroît d'un dressage spécifique.


En juillet 1921, une équipe d'officiers anglais offrent aux militaires de Saumur leur premier match officiel. Au contact de ces chevronnés, les officiers français s’aguerrissent. Ils sont bientôt prêts à affronter les « civils de Bagatelle ». Le commandant Wattel fait parvenir au Polo de Paris une invitation d'une extrême modestie : « Venez, venez en professeurs. Ne vous attendez pas à voir rien de bien sur le terrain de polo sinon des débutants pleins d'ardeur. Venez nous donner des conseils. »

Maillets de polo. Début du XXème siècle

Le 28 septembre, l'équipe parisienne arrive donc à Saumur. Elle se compose du duc de Guiche, du baron Robert de Rothschild, de H. de Monbrison et de F.W. Egan. Cette rencontre amicale est arbitrée par un excellent joueur américain, le commandant Brown.


Sous l'œil du général Thureau, commandant de l'école, un premier match oppose militaires et civils. Par le jeu des handicaps (9 goals), l'équipe de Saumur l'emporte par l0 goals à 9.


Le baron Lejeune, président de la société du Cheval de Guerre, fit parvenir une lettre au général Thureau dans laquelle il se réjouissait de « voir les éléments de sport équestre civils se mesurer avec les « as » cavaliers de la vieille école de Saumur qui sont la fleur de la cavalerie française. » Pour lui, « le polo était le meilleur « test » qu'on pouvait leur donner. » Cette saine émulation entre civils et militaires est tout à fait bénéfique au sport qui connaît à partir de cette époque un rapide développement.


Le polo commence à connaître ses heures de gloire. En cette année 1924, pas moins de soixante corps possèdent des équipes à l’entrainement, tant en France qu’en Afrique du Nord.

1926 est l'année du grand bilan pour les équipes militaires. La saison précédente avait vu quelque 34 régiments (contre 28 en 1924) entrer en lice pour conquérir le titre de champion militaire.

Eliminatoires du championnat militaire 1924 au Touquet. Le 6e Dragons. Le 13e Dragons. Le 8e Hussards.

Jusqu'à présent, le budget militaire de la Fédération des Polos de France avait pour principale vocation de veiller à l'équipement des nouvelles équipes régimentaires découvrant la balle à cheval. A partir de 1926, le rôle de la fédération change de cap, se bornant à « étudier, rechercher et fournir les moyens de livrer aux équipes militaires le matériel sportif aux conditions les plus avantageuses ».

Cotisations et affiliations individuelles des joueurs militaires

En 1926, le polo militaire compte dans ses rangs 500 joueurs déclarés. Il faut se souvenir que le financement initial, donc le développement de ce sport dans l'armée, a été, en grande partie, l'œuvre de joueurs civils français et des membres du comité de patronage. Le bureau de la Fédération décide de séparer, dans le budget de 1926, les dépenses et recettes de la section militaire de celles des autres grands cercles alliés à la F.P.F.

Une publicité en 1923

Chacun estime que les joueurs militaires sont à présent assez nombreux pour participer de façon effective aux frais d'organisation de leurs tournois et de leur championnat. De ce fait, la commission militaire propose :

  • Le doublement de la cotisation de 1925 c'est-à-dire 20 frs au lieu de 10 frs pour chaque joueur ;

  • Suivant les usages, le montant de cette cotisation progresse avec le grade. 20 frs sont acquittés par les sous-lieutenants et les lieutenants, 30 frs par les capitaines, 40 frs par les chefs d'escadrons et enfin 50 frs par les colonels et les généraux ;

  • La commission militaire de la FPF propose que le minimum de la cotisation versée par un groupement de joueurs appartenant au même régiment de 4 escadrons soit de 200 frs (ce qui suppose de 8 à 10 joueurs affiliés). Le maximum atteint quant à lui 400 frs. Cette mesure vise d'une part à éviter de voir dans certains régiments les affiliés en trop petit nombre et d'autre part à permettre de ne pas grever trop lourdement le budget d’un régiment qui compte de nombreux adhérents ;

  • De la même façon, afin de permettre aux joueurs prenant part aux rencontres publiques « d’alimenter la caisse », il est établi un droit d’inscription de 10 frs par joueur prenant part à un déplacement de polo. Ces inscriptions sont destinées à être jointes à l’inscription de l’équipe.

Du côté du ministère de la Guerre, on commence à s’inquiéter du développement du polo dans les unités.

Par la plume du général Bucant, la direction de la cavalerie fait connaître sa position au duc Decazes, président de la Fédération des Polos de France :


« Grâce aux efforts éclairés et à l’appui persévérant de la Fédération, le jeu de balle à cheval, où les cavaliers militaires puisent tant d’utiles qualités, a pu naître et se développer dans l’armée. Les grandes facilités continueront, comme par le passé, à être données aux équipes de balle à cheval pour qu’elles puissent prendre part aux diverses compétitions et se perfectionner ainsi au contact des équipes rivales.

En 1926, le polo militaire compte dans ses rangs 500 joueurs déclarés.

Il ne vous échappera pas cependant que les nécessités de l’instruction militaire – que les réductions successives de la durée du service rendent de jour en jour plus impérieuses – obligent à ne pas dépasser, tant pour les divers officiers constituant les équipes que pour les chevaux et les détachements de conduite, un nombre limité de jours d’absence.


Sans vouloir limiter fixer en chiffres absolus pour l’une ou pour l’autre de ces catégories un total maximum de jours d’absence, j’estime actuellement qu’une durée de quinze jours d’absence par officier peut être considéré comme une moyenne raisonnable, les circonstances exceptionnelles étant mises à part ».

En cette année 1926, et malgré les réserves émises par le ministère de la Guerre, le polo militaire poursuit son essor.

Les rencontres militaires franco-espagnoles sont organisées du 13 au 19 septembre au Polo de Biarritz, en présence du roi et de la reine d'Espagne. Sur le papier, il apparaît que les cavaliers espagnols surclassent sensiblement leurs homologues français. Mieux entraînés, ils se montrent plus sûrs dans leurs coups de maillet. Leur équipe est parfaitement homogène. Les combinaisons de jeu sont ainsi parfaitement efficaces.


Contre toute attente, ce sont pourtant les Français qui triomphent en gagnant les deux premières rencontres. Il semble que les Français doivent leur victoire à une plus grande vitesse.


L'équipe française, sous la direction du capitaine Wallon, est composée des lieutenants de Corcelles, du Breuil, Brau et Lévêque. Côté espagnol, on trouve les capitaines J. Cabeza de Vaca, J. Olivares, J. Navarro et Marques de Baztan.


Le colonel H.-H. Harjes

La saison de Deauville est, cette année 1926, endeuillée par un cruel accident. Le vendredi 20 août, dans les dernières minutes du match « Coupe Pulitzer », le colonel de l'armée américaine H.H. Harjes fait une chute mortelle. Cet excellent joueur était l'un des plus anciens membres du comité du Polo de Paris et du Polo de Deauville. Il avait participé activement à la fondation de la Fédération des polos de France. Il venait également de créer, près de Pont-l'Evêque, un haras destiné à l'élevage et à l'entrainement des chevaux de polo.


En mémoire de ce « sincère ami de la France », la finale de la Coupe internationale n'est pas jouée.


Avant cette chute fatale, H.H. Harjes s'était octroyé avec son équipe (Eddy Edmond-Blanc, lord Louis Mountbatten et lord Wodehouse) le prix Guillaume le Conquérant et le Handicap américain (J.F. Macaire remplaçant Eddy Edmond-Blanc dans cette épreuve).

Le polo militaire connait un bon développement en Afrique du Nord.

Au Maroc, le championnat militaire de 1927 est une fois encore placé sous la houlette du général Maurel, commandant de cavalerie. Organisées à Casablanca, on doit l’institution de ces épreuves au général Vidalon, commandant supérieur des troupes du Maroc. Les troupes chevauchent des barbes ou des arabes-barbes qui compensent leur vitesse relative par une bonne maniabilité.


Le Championnat militaire en Algérie se déroule à Alger sur le terrain du Caroubier, sous la présidence du général Durand, commandant la cavalerie d’Algérie.


Pendant quelques années encore le polo militaire continuera son essor. Le déclenchement du deuxième conflit mondial va naturellement venir briser l'impressionnant développement de ce sport. L'avènement du char d'assaut va avoir un rôle prépondérant dans l'histoire du polo. En effet la disparition progressive des régimes de cavalerie provoquera la disparition totale du « jeu de balle à cheval » dans l’armée.

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